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Résumé | Lebaroudeur En Cuir À Paul Sac Rouge Carmin Sacs Dos Marius MUVpqSzG Index | Plan | Texte | Bibliographie | Notes | Citation | Auteurs

Résumés

Le présent article examine les modalités d’interaction entre différentes disciplines et l’urbanisme, c’est-à-dire l’interdisciplinarité liée aux savoirs et pratiques de l’urbanisme. Les auteurs décrivent une première forme d’interdisciplinarité qu’ils appellent « passive ». Cette interdisciplinarité s’est imposée dans le contexte du fort développement urbain qui a suivi la deuxième guerre mondiale. Elle consiste en une collaboration de disciplines intervenant dans les projets d’urbanisme. Après avoir montré les limites de ce type d’interdisciplinarité, les auteurs considèrent d’autres formes appelées dans l’article « naïve » et « transitive ». Dans ces formes d’interdisciplinarité, des chercheurs non urbanistes proposent des approches issues des sciences « dures » telle la physique (fractales) ou l’informatique (simulation multi-agents ou systèmes complexes auto-entretenus). Ces derniers types d’interdisciplinarité (naïve et transitive) procurent à l’urbanisme de nouvelles approches mais sont peu appréciés par les urbanistes dans leur ensemble. Plus récemment, l’urbanisme est devenu la cible de chercheurs qui souhaiteraient qu’il devienne une science comme les autres. Cela conduirait à l’utilisation de méthodes dites « scientifiques » (élaboration théorique, vérification des hypothèses, analyses de résultats, choix d’un modèle). Il s’agit d’une forme particulière et nouvelle d’interdisciplinarité que les auteurs nomment « interdisciplinarité offensive ». En effet, ce type d’interdisciplinarité ne se soumet pas aux paradigmes urbanistiques habituels et tend, par l’introduction de nouvelles méthodes, à modifier la nature même de l’urbanisme. Les auteurs concluent en s’interrogeant sur l’avenir d’un urbanisme confronté à de nouvelles formes d’interdisciplinarité.

The present article investigates several types of interaction between different disciplines and the urban planning i.e. the interdisciplinarity for the working knowledge of urban planning. The authors begin first by describing a kind of interdisciplinarity which they call "passive". This kind of interdisciplinarity was implemented in the context of the very important development of urban planning after the Second World War. It consists in a collaboration which associates different disciplines which participate in the urban projects. The authors show the limits of this kind of interdisciplinarity and consider other kinds which they call "naïve" and "transitive". In these cases of interdisciplinarity, scientists do not participate directly in the urban planning but propose several approaches deduced from the "hard sciences" such as physics (fractals) or computer sciences (multi-agents simulation, self-organized complex systems). Although these kinds of interdisciplinarity propose new approaches in urban planning, they are not very well appreciated by the majority of the urban planners. More recently urban planning has become the target of researchers who hope for urban planning to be scientific. This implies the use of "scientific methods" (theoretical elaboration, checking hypothesis reliability, critical analysis of the results and choice of a model) and this appears to be a new kind of interdisciplinarity called "offensive" by the authors. In fact this new kind does not follow the well know paradigms of the urban planning and tends toward the introduction of new methods so that the structures of urban planning itself may be modified. The authors conclude by asking about the future of urban planning facing new forms of interdisciplinarity.

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Texte intégral

1L’interdisciplinarité fait depuis longtemps l’objet de nombreuses discussions, réflexions, expérimentations (Origgi et Darbellay 2010, Augsburg, 2006). Le débat s’est avivé du fait de l’évolution des modes de financement de la recherche, deplus en plus soumise aux impératifs de contrats et de projets qui ne suivent pas la logique d’une seule discipline (Barry et al., 2008, Petts et al., 2008). Mais l’organisation disciplinaire est également en cause du fait de l’apparition de nouvelles problématiques : environnement, changement climatique et, en sciences sociales, area studies, Lebaroudeur En Cuir À Paul Sac Rouge Carmin Sacs Dos Marius MUVpqSzG women studies, etc., impliquant un traitement interdisciplinaire (Kwan, 2002).

2Il existe différents termes pour désigner la coopération de plusieurs disciplines : « transdisciplinarité », « multidisciplinarité », « pluridisciplinarité » et « interdisciplinarité ». Nous préférons utiliser ce dernier terme parce qu’ 'il exprime bien l'interaction entre les disciplines et la mise en commun de différentes méthodes en vue d’un même projet. La pluridisciplinarité (comme le terme équivalent de « multidisciplinarité ») n'implique pas une interaction, mais plutôt une association des disciplines. Néanmoins, les frontières entre les situations décrites par ces mots ne sont pas toujours tranchées, particulièrement quand plusieurs disciplines concourent au projet commun. Le terme de « transdisciplinarité » peut être compris comme la collaboration de diverses disciplines débouchant sur une approche entièrement nouvelle. Ce n’est pas le cas de l'urbanisme dont la finalité reste toujours l’organisation de la ville.

3L’urbanisme, présenté tantôt comme un champ, tantôt comme une discipline, entre simple pratique et discipline reconnue, jouit d’une image interdisciplinaire peu contestée. Pourtant l’interdisciplinarité pose des problèmes en urbanisme comme ailleurs (Ramadier, 2004, Devisme, 2009). Cet article, écrit par deux auteurs ayant expérimenté la démarche interdisciplinaire, examine différentes formes d’interdisciplinarité dans le domaine de l’urbanisme. Il montre que l’image d’un urbanisme naturellement et tranquillement interdisciplinaire est trompeuse. Des disciplines extérieures à l’urbanisme s’intéressent directement ou indirectement au champ urbain. Elles entrent en rapport avec l’urbanisme selon des modalités qui vont de la passivité à l’agressivité en passant par la naïveté et la transitivité. Un historien de l’urbanisme, Thierry Paquot, tire même la sonnette d’alarme : « ...l’urbanisme bat de l’aile…il serait temps de rassembler les différents savoirs et savoir-faire sur les villes…en un apprentissage transdisciplinaire… » (Paquot, 2013).

4Sans s’engager sur l’injonction de T. Paquot, mais en observant différentes modalités interdisciplinaires qui concernent l’urbanisme, l’article cherche à préciser son diagnostic. Il s’agit notamment d’analyser, sans parti pris positiviste, des confrontations de l’urbanisme, en tant que science sociale de l’espace, avec des disciplines plus « dures », notamment des disciplines plus modélisatrices, quantitativistes dans leurs approches.

5Ajoutons que nous avons choisi l'urbanisme comme cas très typique d'une situation que l’on retrouve dans d'autres champs des sciences humaines et sociales comme l'anthropologie, la géographie urbaine ou la psychologie.

6Animé Drôle 2019 À Mignon Corée Acheter Japon Dessin Sacs Dos DH2E9IWDès la fin du XVIIIe siècle, la nécessité d’une organisation volontaire de l’espace urbain se fait jour. L’accroissement de la taille des villes, souvent contrarié en Europe par des enceintes héritées d’époques antérieures, est un premier facteur qui pousse à organiser l’espace urbain. Une deuxième cause est la naissance d’une industrie qui provoque à l’intérieur du tissu urbain des nuisances de moins en moins supportables. Dans l’ensemble, le sentiment se répand que la ville n’assure plus à ceux qui y vivent ni la commoditas ni la voluptas jadis préconisées par Leon Battista Alberti dans son ouvrage De Re Ædificatoria (1485).

7La révolution industrielle, dont les effets au cours de la première moitié du XIXe siècle sont considérables, exacerbe ce sentiment. De grands établissements industriels s’implantent dans les banlieues des villes, attirant une main d’œuvre qui bien souvent s’entasse dans des immeubles inadaptés. Les problèmes d’hygiène sont patents, en plus de l’alcoolisme, de la prostitution, de la délinquance. De graves épidémies déciment les populations urbaines. Si les pauvres paient leur tribut, les riches ne sont pas épargnés. Les industriels, les pouvoirs publics, cherchent des solutions. Des esprits éclairés, comme I. Cerda à Barcelone, le baron Haussmann à Paris et R. Unwin en Angleterre, en proposent. C’est dans ces conditions que naît la planification urbaine sous des dénominations variées : « urbanización », « city planning » ou « urban planning », « urbanisme ». Les différences dans les législations, les institutions politiques, les cultures propres à chaque nation, voire à chaque région, expliquent les différences dans l’accent mis sur tel ou tel aspect (planification, projet architectural ou urbanistique) ainsi que les différences de vocabulaire. Devant l’impossibilité d’entrer ici dans le détail de ces différences, on utilisera le terme français « urbanisme » en considérant qu’il résume l’essentiel des visées de la planification urbaine telle qu’elle est issue de l’histoire des villes occidentales.

8Il s’agit de mieux organiser l’utilisation de l’espace, rare, des villes pour faire coexister harmonieusement l’habitat, l’industrie, le commerce, le transport, voire les loisirs, sans négliger une esthétique, marque du pouvoir qui à l’époque distingue les villes des campagnes. De plus, une ville a une histoire et une géographie qui influent sur sa forme et son évolution. L’urbanisme doit connaître cette histoire et cette géographie et les respecter.

9Les citadins résident, travaillent et utilisent des services divers. Les localisations des résidences, des emplois, des équipements doivent être organisées au mieux afin de faciliter la vie urbaine. La vie en commun sur un espace limité impose des règles concernant l’utilisation du sol et la forme urbaine. L’urbanisme doit les définir et les édicter dans le souci de l’intérêt public et dans une perspective d’avenir.

10Le fonctionnement urbain implique des déplacements. Les réseaux de transport, en particulier les réseaux ferrés pour les grandes villes, doivent les assurer. Le tracé de ces réseaux, la position des stations dans l’espace doivent se faire en adéquation étroite avec les règles d’occupation du sol existantes ou prévues et en prenant en compte les principes d’urbanisme fixés par les pouvoirs publics (centralité, densité…). Afin de juguler les tendances ségrégatives et de maintenir la cohésion sociale, les réseaux doivent assurer une desserte équitable des différentes zones urbaines. Il faut aussi éviter les nuisances pour les populations riveraines.

11Aujourd’hui, dans l’idéal, les objectifs du développement durable sont supposés rejoindre les buts de l’urbanisme (Merlin et Choay, 2010).

12Ordinateur Comparatif ; Pour Notre Sac Dos 2019Sacs Ordinateurs iukPXZOwTLes méthodes de l’urbanisme sont mises en place, puis développées et affirmées progressivement pendant un siècle et demi. Dans le principe, l’urbanisme doit prévoir, projeter, programmer, délimiter, réguler, réglementer. Pour cela des connaissances de l’histoire, de la géographie, de la démographie, de l’hydraulique, de la médecine, de l’architecture, de l’ingénierie de circulation, mais aussi de la sociologie, du droit sont requises. Comme il s’agit finalement d’imposer à chaque individu, dans l’intérêt de tous, des règles strictes d’usage des sols, les connaissances empiriques subjectives, les choix arbitraires, qui en la matière avaient marqué les époques précédentes, ne sont plus de mise. A leur place, les utopies mobilisatrices faciliteront des politiques et des projets parfois impopulaires. Les thèmes de la santé, de la nature, de l’égalité sont mis en avant. Mais surtout, comme l’a bien noté Françoise Choay, il s’agit de passer à une approche scientifique de l’urbanisme. Ce sont donc des disciplines en tant que telles qui devront apporter leur pierre à l’urbanisme. La multidisciplinarité s’impose. Mais selon quel principe articuler l’apport de disciplines diverses à l’objectif commun ?

13Pour ce qui est de la France, T. Paquot apporte deux réponses à cette question. Le premier principe est totalisant. « Il s’agit d’additionner tout ce qui participe du fait urbain, sans en oublier » (Paquot, 2013). Le total ainsi obtenu est supposé guider la pratique urbanistique. Le fonctionnalisme du mouvement moderne, illustré par la Chartes d’Athènes, donne un bon exemple de cette démarche. L’autre principe, unitaire, se réfère à une harmonie quasi-organique fondée sur des bases écologiques, démocratiques ou autres, harmonie qui conduit à la synthèse urbanistique au profit de la diversité des habitants des villes. Les urbanistes français Gaston Bardet et Robert Auzelle défendront cette position dans les années 1970.

14L’approche scientifique de l’urbanisme aurait pu résulter de la constitution d’une « urbanologie », science unique de l’urbanisme. En dépit des prétentions de la Teoría general de la urbanización conçue par Cerda, de la Charte d’Athènes suivie par celles du mouvement moderne, l’accord ne se fera pas sur l’urbanologie. Plus tard et jusqu’à nos jours, certains théoriciens ou praticiens provenant de disciplines différentes (Claval, 1981, Gourdon, 2001, Devisme, 2001, Paquot, 2003) se qualifièrent eux-mêmes d’ « urbanologues » mais sans créer de consensus en France ni a fortiori au niveau international.

15Vente Cher Achat De Pas Lapidus CWBoerdxQAprès force tâtonnements, et à défaut de consensus sur une improbable urbanologie, la réponse trouvée un peu partout est la même. On part bien d’un principe de division du travail entre des disciplines supposées concourir à un même objectif d’aménagement de la ville. Mais la nécessaire synthèse s’opère lors de l’élaboration de documents marquants, plans d’aménagement, schémas, projets d’urbanisme. Les rôles des tenants de différentes disciplines sont distribués sous l’égide d’un architecte, d’un ingénieur, d’un urbaniste, auquel on donne d’un commun accord le rôle de « chef d’orchestre », . Chacun œuvre à la tâche commune, par exemple, un plan ou un projet d’urbanisme. Bien qu’il ne s’agisse que de multi- ou de pluridisciplinarité, le terme d’interdisciplinarité est souvent utilisé pour désigner ce travail collectif. Ce type d’interdisciplinarité est mis en œuvre depuis longtemps dans différents pays. Prenons le cas de la France où des organismes créés par l’Etat ont bien illustré cette méthode dans les années 1960 (OREAM, Agences d’urbanisme, Equipes d’aménagement de villes nouvelles et, au niveau national, STCAU, SAEI) (Verdès-Leroux, 1972). Des cabinets d’urbanistes ont emboîté le pas. Cette interdisciplinarité qui est devenue un principe dans les formations universitaires en urbanisme et en aménagement, est certifiée par un label (APERAU) et admise par des instances académiques (création en 1985 d’une section « Architecture, Urbanistique, Société » du comité national du CNRS et en 1992 d’une spécialité autonome « Aménagement de l’espace, urbanisme » pour les enseignants-chercheurs des Universités).

16Un avantage de cette interdisciplinarité est qu’elle implique une proximité du terrain et une connaissance approfondie de la réalité particulière de la ville qu’il s’agit de planifier, d’organiser, de gérer.

17Il existe des variantes de cette forme l’interdisciplinarité. On peut rassembler au sein d’une même équipe de travail des personnes de disciplines différentes pour les faire collaborer. Le « chef d’orchestre » distribue le travail et se charge ensuite de combiner les différentes approches et d’en faire la synthèse. On peut également assurer dès le départ aux futurs praticiens une formation composite combinant plusieurs disciplines, chacun étant ainsi à même par la suite de traiter les problèmes de manière interdisciplinaire. Dans de telles formations, des ateliers, lieux et temps de collaboration des étudiants formés au départ dans différentes disciplines, sont des composantes majeures et emblématiques. En France encore, l’atelier Tony Garnier, créé à l’Ecole des Beaux-Arts au début des années 1960 et animé par Robert Auzelle, fut un modèle du genre.

  • 1 Extrait de Pinson, D. (2003), « L’urbanisme : une discipline indisciplinée », page consultée le 18 (...)

 « … Pour ce qui est de l’urbanisme, le déplacement de toutes sortes de problématiques portées par les sciences de l’homme et de la société vers l’urbain associe plus que jamais l’urbaniste, qu’il soit praticien ou chercheur, aux tenants d’autres savoirs. Il lui est donc aujourd’hui difficile de rester à l’écart de nombreuses approches de l’urbain développées par bien d’autres disciplines que l’urbanisme. Généralement ouvert à l’interdisciplinarité, souvent formé dans une discipline précise dont il a dépassé les frontières, fréquemment intégré dans une équipe pluridisciplinaire, l’urbaniste est conduit à mettre sa spécialisation initiale au service d’une pratique d’urbanisme dont il peut en retour nourrir la construction théorique. Un double frottement au sein de l’équipe pluridisciplinaire, d’une part, et dans l’échange avec les autres disciplines venues aux problématiques urbaines, d’autre part, presse alors l’urbaniste de mieux cerner ce qui fonde l’existence et l’originalité de son domaine. Cette préoccupation concerne en tout premier lieu une part du travail de ceux qui se consacrent à la formation et à la recherche dans cette discipline…1 Lebaroudeur En Cuir À Paul Sac Rouge Carmin Sacs Dos Marius MUVpqSzG »

18Cependant, cette forme d’interdisciplinarité s’avère, à l’usage, fragile. Elle revient en effet à établir des rapports inégalitaires entre disciplines. La discipline du « chef d’orchestre » se trouve de fait hégémonique et donc valorisée, les autres jouant un rôle subalterne, forcément insatisfaisant quand bien même les tenants de ces disciplines en viennent parfois à s’intituler « urbanistes ». Lorsque le démographe apporte son savoir à une équipe dirigée par un architecte, il fournit un outillage somme toute secondaire. En tous cas, il est très rare qu’il puisse ce faisant faire progresser sa discipline. Le rôle qui lui est dévolu ne lui en donne ni le temps, ni les moyens, ni la reconnaissance par sa communauté disciplinaire. Il s’agit en quelque sorte d’une interdisciplinarité subie, passive pour la plupart des disciplines qui y participent.

19Il n’est donc pas étonnant que les disciplines « subalternes » ne se soient pas contentées de cette instrumentalisation. C’est ainsi que l’on a observé des dissociations significatives, par exemple, du côté des sciences de l’ingénieur, mais aussi de l’histoire ou de l’économie. L’ingénierie n’a pas été vraiment intégrée à cette interdisciplinarité. La médecine pour sa part n’y a jamais participé. Par la suite, dans les plans d’urbanisme, les questions d’eau et d’assainissement ont été le plus souvent traitées dans des « annexes sanitaires » sans que ces aspects aient été vraiment pris en compte en amont dans la confection du plan. De même, les économistes sont le plus souvent restés à l’écart, préférant mener des travaux théoriques fondés sur des modèles abstraits de villes plutôt que de collaborer avec la géographie appliquée utilisée dans les équipes pluridisciplinaires d’urbanisme, d’où une insuffisance patente des plans et projets d’urbanisme en matière de préconisations foncières.

20Ce constat ne signifie pas que chaque discipline s’est repliée complètement sur elle-même pour analyser le phénomène urbain. Il explique néanmoins l’apparition d’autres formes d’interdisciplinarité. D’ailleurs, les formes d’interdisciplinarité étudiées dans cet article ne se succèdent pas chronologiquement : elles coexistent, se superposent au moins partiellement (Dupuy, 2013).

21Depuis la fin des années 1980, des chercheurs de disciplines externes à l’urbanisme prennent les choses à rebours. Ils ne se plient plus à l’interdisciplinarité passive qu’ils jugent appauvrissante pour leur discipline. Ils ne renoncent pas pour autant à l’objet « ville », mais ils l’envisagent à leur manière, en fonction des principes de leur discipline, avec les outils qui sont les leurs et en cherchant la reconnaissance de leurs collègues. Ils le font tranquillement, spontanément, naïvement même, plutôt en fonction de ce qu’ils pensent être utile, un peu à la manière de l’incursion du physicien John Dalton dans le domaine de la chimie au tout début du dix-neuvième siècle. On a montré par ailleurs (Dupuy, 2013) que des chercheurs relevant de disciplines telles que les mathématiques, la physique ou la biologie avaient abordé la question des réseaux ferrés urbains avec une compréhension très limitée de ces réseaux. Ils ont utilisé des plans ou des cartes destinées au grand public plutôt que des diagrammes fonctionnels ou des schémas de flux sur lesquels se fondent les spécialistes (Dupuy, 1993). Ils se sont référés à des indicateurs simplistes de densité urbaine, ont opéré des choix d’échelle souvent arbitraires pour délimiter leur objet. Leurs références bibliographiques concernant la géographie urbaine, l’aménagement et même le transport urbain sont très rares. Qui plus est, leurs écrits contiennent très peu de recommandations (ou des recommandations très générales) pour la planification. La plupart de leurs articles ont été publiés dans des revues qui ne s’adressent pas à la communauté de l’urbanisme, mais à leur discipline propre.

22Pourtant, ils ont su mettre en évidence des logiques inédites de développement de ces réseaux. Prenons l’exemple de l’approche par les fractales (Benguigui et Daoud, 1991). Les réseaux ferrés urbains donnent l’exemple d’un remplissage de l'espace qui, bien que régulier, ne peut se décrire comme un remplissage par des lignes simples. Le fait que ces réseaux soient fractals indique bien qu'un même pattern est à l'œuvre dans leur évolution. C'est le cas, en particulier, pour le réseau ferré de banlieue parisien (RER et SNCF) qui est un objet fractal de dimension 1,5 (Benguigui ,1995). Or de tels réseaux de transport public ont été construits par des concepteurs différents à l'échelle de plusieurs générations. On en déduit qu'un même modèle est en action dans leur constitution au cours du temps. C’est la logique de ce modèle que l’on peut utiliser pour la prédiction et la planification.

23Face à cette nouvelle démarche interdisciplinaire, qu’on peut appeler « interdisciplinarité naïve » (Morin, 1990 ; Dupuy, 2013), l’urbanisme manifeste de l’indifférence et de l’inertie, plutôt que de l’hostilité. Les urbanistes finissent par accepter les innovations résultant de cette nouvelle interdisciplinarité mais seulement à la longue et au compte-gouttes.

Au début des années 1990, un chercheur du CEA travaillant sur la physique des polymères, s’intéressait aux fractales. Un jour, en prenant le métro avec un collègue israélien, ils remarquent un plan du réseau ferré parisien affiché dans une station. Ils en discutent et tous deux ont l’impression que le dessin du réseau a une allure de figure fractale. Ils se procurent le plan. En utilisant un grand compas, ils tracent des cercles concentriques dans lesquels ils comptent les stations. Le résultat confirme l’intuition : le réseau est bien fractal. Une régression linéaire entre le logarithme du rayon des cercles concentriques et le logarithme du nombre de stations à l’intérieur du cercle donne, avec une bonne validité statistique, une dimension fractale proche de 2 pour la partie urbaine (métro) (densité constante de stations en fonction du rayon) et, pour la partie suburbaine (RER/SNCF), une dimension fractale égale à 0,47. Pour les lignes elles-mêmes, ils trouvent une dimension de 1,47.

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Les auteurs soumettent l’article rédigé à la revue Nature qui le refuse. L’article est finalement accepté par une autre revue, Geographical Analysis. Le collègue d'Israël poursuit l’idée en publiant ensuite un autre article dans lequel il s’appuie sur les résultats précédents pour proposer un modèle fractal de génération du réseau de métro de Paris et du réseau RER/SNCF.

Grâce à ce modèle, il peut prétendre que le cas du métro de Paris n’est qu’un échantillon d’un processus plus vaste. Le réseau de Paris ne serait qu’une partie d’un réseau de dimension fractale 2. C’est un réseau « dense » parce qu’il dessert une ville avec une densité de population constante. Au prix de très fortes simplifications, l’origine de la géométrie du réseau de métro parisien paraît donc avoir trouvé une explication. Pour les lignes des réseaux RER/SNCF, ce modèle propose une dynamique de croissance basée sur une division partielle des lignes au cours de leur évolution qui résulte d’une dynamique de génération fractale dont on trouve les modèles dans la nature, comme l’a montré B. Mandelbrot.

  • 2 Voir : Benguigui et Daoud (1991) et Benguigui (1995)

La position de ces deux physiciens, le Français et l’Israélien, est bien au départ celle de naïfs. Sans connaissance géographique ni historique particulière de l’agglomération parisienne et du réseau ferré qui l’irrigue, ils le modélisent. Les plans utilisés sont les plans visuels destinés au grand public et non des schémas fonctionnels ou des cartes de flux. Les références bibliographiques à la géographie urbaine, à l’aménagement des villes et même au transport urbain sont rares. A la fin des articles, les préconisations à destination des planificateurs de réseaux et des urbanistes sont quasiment inexistantes. Il y a donc bien naïveté des chercheurs, étant entendu que cette naïveté était la condition pour que des physiciens s’engagent dans des modélisations originales de la géométrie des réseaux ferrés urbains permettant finalement de mieux comprendre leurs logiques de déploiement

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2.

24A côté de cette interdisciplinarité naïve, certes féconde mais impliquant de très longs délais de mise en œuvre, est apparu un autre type d’interdisciplinarité que l’on peut qualifier de « transitive ». En effet des disciplines telles que les mathématiques, l’informatique et la physique développent avec d’autres disciplines, traditionnellement plus proches ou réceptives à leurs approches, des outils nouveaux, traitant de sujets nouveaux. Un cas bien connu est celui de la géographie et des systèmes d’information géographiques (Kwan et Schwanen, 2009). Dans la mesure où ces disciplines « accueillantes » sont assez proches aussi de l’urbanisme, il y a possibilité d’une démarche interdisciplinaire transitive au profit de l’urbanisme. Il y a en quelque sorte perfusion par transitivité de l’urbanisme par des disciplines lointaines grâce à des disciplines plus proches. Ce processus interdisciplinaire, bien qu’indirect, peut s’avérer finalement plus rapide et plus efficace que l’interdisciplinarité naïve. On développe ci-après l’exemple de l’interdisciplinarité transitive via la géographie, mais on pourrait aussi bien développer le cas de la démographie, de la sociologie, de l’histoire ou de l’anthropologie qui contribua dans les années 1960 à la critique du mouvement moderne.

25Depuis environ 25 ans s'est développée ce qu'on appelle la "géographie quantitative" qui se caractérise par l'introduction en géographie de méthodes empruntées à la physique, à l'informatique ou aux mathématiques (Portugali, 1997, Bretagnolle et Pumain, 2010). En opposition avec la géographie "traditionnelle", cette approche consiste à mettre de côté certains aspects humains pour porter l'effort de recherche sur une description des entités géographiques comme des objets physiques. Les aspects humains ne sont pas oubliés mais passent après l’étude formelle.

26Pour bien comprendre cette démarche et ses avantages, il est nécessaire de rappeler un certain nombre de notions maintenant bien acceptées par les géographes : la notion de fractale, déjà évoquée ci-dessus à propos des réseaux de transport, la notion de systèmes auto-organisé et celle de simulations au moyen d'agents. Plus récemment est venue s'ajouter la notion de réseaux aléatoires.

27Les fractales permettent d'aborder le problème de l'occupation de l'espace (qui est essentiel en géographie comme en urbanisme) d'une manière nouvelle. Il est maintenant bien établi que les villes sont fractales, cela veut dire qu'elles remplissent l'espace d'une manière régulière et que les surfaces bâties ne sont pas situées au hasard. Dans de nombreux cas, leur dimension fractale, nécessairement inférieure à 2 (puisque le remplissage de l'espace n'est pas compact), est comprise entre 1,7 et 1,8 (Fankhauser, 1993 ; Batty et Longley ,1994). Récemment), une étude comparative du développement de plusieurs grandes villes européennes a été faite sur la base des dimensions fractales (Frankhauser, 2004). Elle a permis de mettre en relation la dimension fractale et le type d'usage des sols (centre-ville, périphérie, zone résidentielle). Finalement la leçon la plus importante de la fractalité des villes est que leur croissance est bien due à certaines lois directrices dépassant les acteurs qui interviennent dans leur développement. Cela rejoint l'idée que les villes sont des systèmes auto-organisés. (Portugali, 1997, 2000).

28C’est également la physique qui a inspiré aux géographes la notion de système auto-organisé (Roth et Schwegler, 1981). Des matériaux ferro-magnétiques sont composés d'atomes ou de molécules possédant individuellement un moment magnétique. Les moments individuels s'organisent spontanément en moment total du matériau. Cela est dû aux interactions entre moments individuels. Chaque atome agit sur ses voisins mais ceux-ci aussi l'influencent. Un effet de rétroaction crée le moment total. En application de cette idée, un nombre impressionnant de simulations ont été réalisées avec le but avoué d'en tirer des prédictions concernant le futur des villes. Citons les "Urban Growth Prediction Models" (Triantakonstantis et Mountrakis, 2012).

29On peut également évoquer la simulation par agents à l’aide d’automates cellulaires (Axelrod, 2007, Portugali, 2000) permettant de représenter la complexité spatiale des mobilités urbaines, ou encore la théorie des réseaux aléatoires (Albert et Barabasi 2002, Barthélémy, 2011). Cette dernière théorie permet à Porta et ses collègues (Porta et al. 2006) de montrer que des villes a priori fort différentes telles que Vienne, San Francisco ou Barcelone ont des structures de réseaux viaires finalement assez semblables.

30La philosophie de ces nouvelles approches de la géographie est de considérer la réalité géographique comme un phénomène dont il s’agit, à l’instar de la physique, de trouver les lois.

31Bien qu’une certaine prolifération méthodologique indique que nous ne sommes encore qu’au début de ce processus interdisciplinaire transitif, on constate une réelle tendance, prometteuse pour l’analyse de l'évolution des villes (taille, distribution spatiale, inhomogénéité, stabilité), les prévisions et la planification urbaine. Les évolutions scientifiques de la géographie citées ci-dessus (fractales, auto-organisation, simulation par agents, graphes, réseaux aléatoires) sont donc porteuses d’applications capables de modifier les façons traditionnelles de penser et de faire de l’urbanisme.Lebaroudeur En Cuir À Paul Sac Rouge Carmin Sacs Dos Marius MUVpqSzG

 « …La stratégie d’une recherche modélisatrice sera donc de simplifier ou d’épurer les données de l’observation, de n’en retenir que la partie pertinente. On pourrait dire « d’appauvrir » les data, de ne retenir qu’un seul aspect du phénomène : la description de la forme (la position dans l’espace) de ce résea